30 novembre 2011
Laos : La "pluie du diable"
En difficulté dans la guerre sans merci qu’ils imposaient au Vietnam, les Etats-Unis ont étendu leur agression aux autres pays de l’Indochine, notamment au Laos.
Sans déclaration de guerre, de 1962 à 1973, les Etats-Unis ont largué plus d’un million de tonnes de bombes sur le territoire de ce pays. Philippe Cosson a témoigné de cette tragédie dans un documentaire : Pluie du diable. [1]
Tous les types de projectiles ont été utilisés : bombes au phosphore et à retardement et, surtout, bombes à sous munitions (BASM) ou bombes à fragmentation. Ces dernières, qui ne sont pas plus grosses qu’une balle de tennis, sont particulièrement meurtrières. Elles sont assimilables à des mines anti-personnel qui explosent lorsque l’on marche dessus. Leur durée de vie est indéterminée.
Différents types de BASM larguées sur le Laos
Sur les 277 millions de BASM larguées par l’aviation américaine, 84 millions n’ont pas explosé et continuent à faire des victimes (plus de 40.000 depuis la fin des hostilités) notamment parmi les enfants. Depuis douze ans, seulement un demi-million de BASM ont pu être détruites et, avec le temps, le déminage devient de plus en plus difficile du fait de leur enfouissement progressif.
Le sénateur américain Morton reconnaît aujourd’hui : « Nous avons lâché plus de bombes sur le Vietnam que les alliés pendant toute la Seconde guerre mondiale ». A l’époque, les dirigeants américains justifiaient leur action avec de grossiers arguments que le sénateur Joseph R. McCarthy résumait ainsi : « Si nous perdons l’Indochine nous perdons le Pacifique, et nous serons une île dans une mer communiste ».
Pour Djong Khatahansy, porte-parole du Ministère des affaires étrangères laotien, le Vietnam, le Laos et le Cambodge ont été avant tout les victimes d’un plan de domination mondiale : « L’impérialisme américain voulait instaurer une ceinture sanitaire pour contenir la vague du communisme qui était très dynamique au sein des peuples ».
Aujourd'hui, les Etats-Unis n’ont toujours pas signé le traité sur l’interdiction des BASM pas plus qu’ils n’avaient signé le traité sur l’interdiction des mines anti-personnel. Ils veulent d’abord « vider leur arsenal » soit un milliard de BASM en stock tandis que les recherches se poursuivent pour en éméliorer l'efficacité. [2]
Malinha Seniavong, responsable laotien du département des mines, constate amèrement : « Quand quelqu’un a fait des actes aussi graves, il mérite d’être sanctionné. Mais, dans l’état où nous sommes, quelle est l’autorité qui pourrait forcer les Etats-Unis à payer ».

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Nota : Toutes les photos proviennent du documentaire de Philippe Cosson.
[1] Philippe Cosson, La pluie du diable, 2009, Bac Production. Ce sont les Irakiens de la région de Bassora qui, au milieu des années quatre-vingt dix, ont qualifié les bombardements de BASM de « pluie du diable ».
[2] Les BASM ont été utilisées encore récemment par les États-Unis, en Afghanistan, au Kosovo, en Irak et par Israël au Liban en juillet-août 2006.
Jean-Pierre Dubois
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16 novembre 2011
Novembre 1831 : Les Trois glorieuses prolétariennes
La révolution des Trois glorieuses de juillet 1830 à Paris avait marqué le triomphe de la bourgeoisie et de la propriété mobilière avec l'arrivée au pouvoir du banquier Laffitte.
Des « conquêtes » qui n'apportaient rien au peuple en dépit du fait que celui-ci ait prêté généreusement son concours aux évènements.
Mais, à Lyon, seize mois plus tard et durant trois journées, survient une tout autre révolution : l’insurrection des ouvriers de la soierie - les canuts. Ces Trois glorieuses prolétariennes constituent « un tournant dans l’histoire de la classe ouvrière, non seulement en France, mais dans le monde entier », c’est la première grande bataille ouvrière.
Les 400 négociants de la soie imposaient alors aux 30.000 compagnons et chefs d’atelier tisserands des conditions de travail et de rémunération sordides. Les journées de travail durent quinze heures, parfois plus. Pour diminuer les salaires, les fabricants prétextent la concurrence étrangère. De plus, les canuts et leur famille vivent le plus souvent dans des réduits étroits et insalubres où la tuberculose fait des ravages.
Pour Auguste Blanqui, « le devoir du travailleur lyonnais, l’homme-machine, c’est de pleurer de faim, en créant jour et nuit, pour les plaisirs du riche, des tissus d’or, de soie et de larmes ».
De premières manifestations éclatent en février 1831. En octobre, les canuts adressent une pétition au préfet exigeant l’augmentation de leurs salaires. Le 24, pour appuyer leur revendication, plus de 6.000 d’entre eux, rangés en sections, se dirigent vers la préfecture, en silence et sans armes. Une démonstration de force qui va frapper de stupeur la bourgeoisie lyonnaise. Le lendemain, le préfet publie un nouveau tarif de rémunération faisant droit à la revendication des ouvriers des soieries.
Toutefois une partie des fabricants s’opposent à cette augmentation et interviennent auprès des autorités parisiennes. Avec succès, puisque, le 17 novembre, le préfet de Lyon concède que le tarif n’est qu’un « engagement d’honneur » et n’est pas légalement obligatoire.
En riposte, réunis sur la place de la Croix-Rousse, les canuts décident de ne pas reprendre le travail et d’aller en masse dans la ville pour protester. Le 21 novembre, quand les ouvriers descendent manifester dans le centre-ville, ils doivent faire face à des gardes nationaux qui ouvrent le feu. Des ouvriers tombent. C’est le début de l’insurrection. Les canuts révoltés s’arment de pelles, de pioches, de bâtons et quelques-uns de fusils. Ils fondent de l’étain et du plomb pour en faire des balles. Ils enlèvent les pavés des rues pour les jeter des étages ou pour dresser des barricades. La bataille est acharnée.
Le lendemain, l’armée essaie de reprendre le contrôle de la ville. En vain. Les insurgés pillent les boutiques d’armuriers et se rendent maître d’une caserne. Toutes les rues, les places, les quais sont hérissés de barricades. Une colonne entière de soldats doit capituler. Les forces de répression se dispersent. Certaines se laissent désarmer.
Le 23 novembre, troisième jour de l’insurrection, dans l’hôtel de ville occupé, face à un préfet qui n’a plus les moyens d’exercer son autorité, un pouvoir autonome se met en place et proclame que Lyon doit être administrée par un « conseil ouvrier ». La garde nationale doit être réorganisée et permettre le désarmement de la bourgeoisie.
Mais, des dissensions surgissent au sein de l’état-major révolutionnaire. Le préfet en profite pour manœuvrer et diviser les rangs des insurgés, cependant qu'une troupe de 20.000 hommes commandée par le ministre de la Guerre, le maréchal Soult, se positionne aux portes de Lyon. Le 3 décembre, elle pénètre dans la ville qu’elle occupe peu à peu.
Le 7 décembre, le tarif de rémunération, obtenu de haute lutte, est déclaré nul et non avenu par les autorités. Mais, même vaincue, la révolte lyonnaise a un retentissement considérable en Europe. Pour Karl Marx, « le prolétariat urbain sonna à Lyon le tocsin d’alarme ».
Drapeau des canuts révoltés
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Source : Fernand Rude, La révolte des canuts (1831-1834), Ed. La Découverte, 1982, 2001, 2007.
Jean-Pierre Dubois
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13 novembre 2011
L’Iran cible permanente de l’impérialisme
L’annonce que les gouvernements israéliens, américains et britanniques projettent une attaque contre l’Iran confirme que ce pays – quel que soit son régime – est, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, une cible privilégiée de l’impérialisme occidental.
Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, Muhammad Mossadegh est dirigeant d’une alliance de partis qui se prononce pour la nationalisation de l’industrie pétrolière, alors sous domination britannique [1], ainsi que pour la démocratisation du système politique.
Le 28 avril 1951, sous la pression populaire, le Shah est contraint de nommer Mossadegh comme Premier ministre. Trois jours plus tard, ce dernier propose au Parlement - qui l’adopte - un projet de loi qui nationalise la compagnie britannique. Pour le vieil empire colonial, c’est un crime de lèse-majesté que les Iraniens devront payer le prix fort. La Grande-Bretagne et les États-Unis décrètent le blocus du pétrole iranien puis, finalement, en 1953, décident de renverser Mossadegh. Ils confient à la CIA l’exécution de cette opération secrète (opération Ajax).
Le coup d’Etat intervient le 19 août 1953. Le Shah, complice de l’opération, destitue illégalement Mossadegh et le remplace par un Premier ministre fantoche. Il décrète également l’illégalité des partis d’opposition et, avec l’aide des services secrets américains et israéliens, met en place une police politique - la Savak – aux méthodes particulièrement brutales. [2] L’industrie pétrolière est remise entre les mains d’un consortium international.
En 1979, après des années de répression sanglante contre ses opposants, le Shah est renversé par la Révolution islamique. Il trouve refuge aux États-Unis. [3]
Le 22 septembre 1980, Saddam Hussein déclenche une guerre qui va durer huit années et où l’implication occidentale - notamment française - est totale.
Dès novembre 1975, la France signe avec l'Irak un accord qui doit permettre à ce pays de maîtriser la filière nucléaire. Quatorze kilogrammes d'uranium 235 lui sont livrés en 1981. De 1972 à 1988, elle vend à l'armée irakienne des avions de combat, des hélicoptères, des véhicules blindés, des canons automoteurs et plus de 15.000 missiles de tous types pour un montant d'une vingtaine de milliards de dollars. Entre 1983 et 1985, elle prête à l'armée irakienne cinq Super-Étendard équipés de missiles Exocet qui contribuent à détruire des pétroliers iraniens.
En dépit du protocole international de 1925 interdisant les armes chimiques et biologiques, à partir de 1983, l’Irak utilise ce type d'armes contre l’Iran. On estime à 70.000 le nombre de victimes iraniennes, dont 10.000 morts (dans leur très grande majorité des soldats).
Ces armes n'ont pu être mises en oeuvre que grâce au matériel et au savoir-faire fournis par les puissances occidentales : des cultures biologiques ont été expédiées en Irak par un laboratoire sous contrôle de l’armée américaine ; deux usines de fabrication de gaz de combat ont été construites en Irak, l'une par une filiale de la multinationale américaine Halliburton, l'autre par une entreprise franco-allemande basée en Alsace.
Dans le même temps, les Etats-Unis s'emploient à bloquer toute résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui aurait condamné les crimes de guerre irakiens.
1983 : Pilotes irakiens formé au Super-Etendard en France, sur la base de Landivisiau (Finistère)
Les Etats-Unis s'impliquent directement dans les combats aux côtés de Saddam Hussein. Leurs destroyers détruisent presque totalement deux plates-formes pétrolières iraniennes (19 octobre 1987) tandis qu'au cours d'une opération de grande envergure, ils neutralisent le tiers de la flotte iranienne et tuent 87 marins iraniens et en blessent plus de trois cents (14 avril 1988). [4]
Quand cette guerre voulue par Saddam Hussein et ses amis occidentaux du moment se termine, l’Iran déplore environ un million de morts et au moins 700.000 mille invalides ou gazés.
Soldats iraniens portant des protections contre les armes chimiques
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[1] Depuis 1909, la Anglo-Iranian Oil Compagny - qui deviendra British Petroleum - était chargée de la prospection, de l’exploitation et de la commercialisation du pétrole iranien.
[2] Le 19 mars 2000, la secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright a reconnu l’« implication » des Etats-Unis dans le coup d’Etat.
[3] Durant toutes ces années, où le régime - mis en place par l’Occident - assassinait et torturait, les médias français se complaisaient à rapporter les frasques du Shah et de son épouse Soraya.
[4] Le 3 juillet 1988, un croiseur américain détruit un Airbus commercial iranien provoquant la mort de 290 pèlerins se rendant à La Mecque. À leur retour aux États-Unis, les marins du croiseur furent tous décorés.
Jean-Pierre Dubois
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09 novembre 2011
14-18 : Hommage aux mutins et fusillés « pour l'exemple »
Les mutineries de la Première guerre mondiale, avec leurs révoltes, leurs refus d'obéissance et leurs actes d'indiscipline, restent encore mal connues. Pourtant, de la fin avril à la fin de l'été 1917, les soldats d'une centaine d'unités, représentant plusieurs dizaines de milliers d'hommes, ont refusé de continuer la guerre et d'aller aux tranchées. Ces mutineries ont été massives. Dans certaines unités, elles concernaient jusqu'à 15% des soldats.
André Loez [1] conteste la version habituelle qui veut que ces soldats n'aient pas été politisés. Selon lui, l'étude des discours, des chants, des symboles déployés révèle une réalité plus complexe. Il existait tout un dégradé de positions politiques allant de l'indifférence au militantisme d'extrême-gauche et, dans la moitié des cas, les mutins ont arboré un drapeau rouge et ont chanté L'Internationale.
Les mutineries de 1917 sont également à replacer dans le contexte de la révolution russe - dont les échos parvenaient jusqu'aux tranchées - ainsi que des grèves ouvrières massives qui se produisaient à l'arrière.
Ces mutineries ont été durement réprimées par Pétain qui a fait fusiller des soldats, ces victimes s'ajoutant aux 554 envoyées au poteau d'exécution simplement « pour l'exemple ».
Verdun, 1917 : Exécution d'un mutin
Lénine écrivait à l'époque : « Nous ne sommes pas, en général, contre la défense de la patrie, mais contre l'idéalisation, par ce mot d'ordre mensonger, de la guerre impérialiste actuelle ». Or, tous les Etats européens portaient une part de responsabilité dans ce conflit généré pour l'essentiel par leurs rivalités coloniales.
« Cette guerre n'est pas notre guerre », déclareront avec raison les délégués français et allemands de Zimmerwald. [2]
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Dessin de Tardi (détail)
[1] André Loez, 14-18. Les refus de la guerre. Une histoire des mutins, Folio Histoire.
[2] Du 5 au 8 septembre 1915, dans le village suisse de Zimmerwald, se sont réunis des syndicalistes et des socialistes européens hostiles à l'Union sacrée. Parmi les documents adoptés figure une déclaration franco-allemande.
Jean-Pierre Dubois
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06 novembre 2011
De la guerre de l’opium à la guerre du pétrole
Pour Domenico Losurdo, la guerre de l’OTAN contre la Libye doit être resituée dans le cadre de l’histoire du colonialisme.[1]
Dès le milieu du XIXème siècle, les puissances européennes pouvaient arracher leur soumission aux peuples d’Afrique et d’Asie en leur infligeant la « politique de la canonnière ».
Ainsi, en 1840, pour obliger la Chine à lever son interdiction à l’importation de l’opium, la Grande-Bretagne envoie ses navires de guerre bombarder la ville de Canton. L’armada anglaise (16 vaisseaux de ligne, 4 canonnières, 28 navires de transport, 540 canons et 4.000 hommes) dispose d’une puissance de feu capable de semer la mort et la destruction à grand échelle. Dans ces conditions, la Chine, qui ne dispose que d’une artillerie dont la portée n’est même pas en mesure de toucher l’envahisseur, est contrainte de capituler et de signer le premier des « traités inégaux » qui lui seront imposés. Elle perd sa souveraineté sur son commerce et doit céder des portions de son territoire.
En 1843 et 1844, les États-Unis, puis la France, obtiennent de la Chine les mêmes privilèges commerciaux que les Britanniques. La France s’octroie même le droit d’évangéliser les Chinois. En 1856, la Grande-Bretagne - alliée à la France cette fois - déclenche contre la Chine une seconde guerre de l'opium tout aussi catastrophique pour la grande nation asiatique. C’est ainsi qu’à commencé ce que les Chinois définiront comme « le siècle des humiliations » et qui ne prendra fin qu’avec l’avènement de la République populaire en 1949.
Corps expéditionnaire français à l'assaut d'un fort chinois
De nos jours, les guerres déclenchées par les puissances occidentales contre de nombreux pays du Tiers-Monde paraissent bien semblables à celle qu’a affrontée la Chine en son temps.
Lors de son agression contre la Libye, l’OTAN a pu effectuer des milliers de bombardements non seulement sans subir la moindre perte mais sans même risquer d’en subir. Dans ce sens, la force militaire de l’OTAN ressemble plus à un peloton d’exécution qu’au déploiement d’une armée en vue de combats traditionnels.
Cette disproportion technologique et militaire relance les ambitions et les tentations colonialistes de l’Occident. A leurs avions, navires de guerre, drones et satellites, les auteurs des nouvelles guerres coloniales peuvent ajouter leurs capacités de bombardement médiatique aptes à transformer une agression caractérisée en une « intervention humanitaire ». La manipulation, le mensonge, ainsi que l’attisement de minorités ethniques et religieuses sont ainsi devenus des ingrédients de leur politique belliqueuse.
Pour couronner le tout, la Cour pénale internationale (CPI) est là comme une sorte d’appendice judiciaire du peloton d’exécution de l’OTAN s’employant à légitimer et consacrer les bourreaux. Et, pour qu’il soit clair que la CPI a été créée pour juger les seuls ressortissants de pays colonisés par la force et la terreur, les États-Unis ont décidé que leurs citoyens, soldats et mercenaires seraient soustraits à sa juridiction.
Le peloton d'exécution de l'OTAN
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[1] Article basé sur un texte du philosophe italien Domenico Losurdo : Dalle guerre dell’oppio alle guerre del petrolio, domenica 23 Ottobre 2011 - http://domenicolosurdo.blogspot.com/
Jean-Pierre Dubois
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02 novembre 2011
Libye : Le complot occidental
Les évènements de Libye ont été présentés comme une contagion des soulèvements populaires de Tunisie et d’Egypte. En fait, ce qui s’est produit en Libye est plus une insurrection armée et coordonnée que des rassemblements populaires pacifiques et spontanés. Et ce n’est sans doute pas un hasard que ce mouvement soit parti de Benghazi, fief de l’ancien roi Idriss déposé par Kadhafi en 1969. [1]
Comme une partie de la presse étrangère l’a rapporté, les puissances occidentales ont planifié très tôt leur intervention en Libye. [3] Elles ont soutenu et financé le CNT, lequel comprend des membres liés de longue date à la CIA et au M16, le service secret britannique. Ainsi, trois semaines avant le vote de la résolution de l’ONU, des centaines de soldats du 22ème Régiment SAS-Special Air Service, forces spéciales britanniques, et des groupes de la CIA étaient à l’œuvre en Libye aux côtés des groupes rebelles.
International Herald Tribune du 31 mars : « Des agents de la CIA sont présents en Libye »
Sans l’entraînement et l'assistance considérable des agents occidentaux qui planifiaient et accompagnaient leurs missions, les groupes armés du CNT n'auraient jamais pu s'imposer. Par ailleurs, c'est en violation directe de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU que les côtes libyennes ont été envahies par les forces terrestres spéciales de l’OTAN, du Qatar et de l’Arabie saoudite. Comme le remarque La Stampa du 25 août : la guerre contre Kadhafi a été une guerre « complètement extérieure », c’est « le système occidental qui a promu la guerre contre Kadhafi ».
Faire accepter cette intervention par l’opinion publique mondiale a été le travail des grands médias américains et européens ainsi que des chaînes de télévision des monarchies du Golfe comme Al Jazeera et Al Arabya. Durant des semaines, ces médias se sont livrés à une intense campagne de propagande destinée à provoquer l’hostilité contre « le dictateur et son régime sanglant ». Les pires bobards ont été présentés sans preuve, sans référence de dates et de lieux : Kadhafi avait utilisé son aviation contre son propre peuple, il administrait du Viagra à ses soldats pour les inciter aux viols de masse, les soldats libyens tiraient sur les enfants...
Le Figaro du 29 avril [4]
L'allégation que la répression exercée par Kadhafi avait fait 6.000 victimes a été forgée par un individu suspect [5]. Elle a pourtant été reprise sans précaution par toute la presse française et la majeure partie des ONG occidentales. Elle a aussi fondé, en grande partie, la résolution de l’ONU autorisant une zone d'exclusion aérienne.
Dès le 31 mars, Mgr Giovanni Martinelli, évêque de Tripoli, dénonçait les raids de l'OTAN qui « ont fait des dizaines de victimes civiles dans plusieurs quartiers » de la capitale libyenne. Il expliquait par ailleurs : « Ces bombes font des carnages de civils, il n’y a plus de distinction avec les sites militaires. La nuit se transforme en cauchemar qui ravage les vies de tous : les enfants sont terrifiés, les adultes voudraient protéger leurs familles et leur travail, mais ils sont impuissants ».
Nul doute que le nombre de ces victimes - censées être protégées par ceux qui les assassinaient - n'a faît que croître avec la poursuite des bombardements. Alain Jupé n'en a pas moins eu le cynisme de considérer l’intervention de la France en Libye comme « un investissement dans l’avenir ».
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[1] Par ailleurs, contrairement à ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte, les principaux chefs « rebelles » sont d’anciens ministres ou hauts responsables du régime de Kadhafi. On était donc en présence plus d'une tentative de « révolution de palais » que d'un « soulèvement populaire ».
[3] The Guardian, 24 août, Sunday Mirror, 20 mars, International Herald Tribune, 31 mars, Alger républicain, 6 octobre.
|4] Cette grave dénonciation a été lancée par l'ambassadrice des États-Unis, Susan Rice, lors d'une séance à huis clos du Conseil de sécurité. Le Figaro note que « l'ambassadrice n'a pas donné de sources pour étayer ces accusations ».
Jean-Pierre Dubois
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