29 août 2011
France : Une armée putschiste
2011 : Des soldats français exhibent comme un trophée l'écharpe du président ivoirien qu'ils viennent de renverser
Nous ne sommes plus en mai 1958 quand les députés avaient du voter l’intronisation de De Gaulle sous la menace d’un largage d’unités de parachutistes sur Paris (opération Résurrection). « Nous avons voté avec un pistolet sur la tempe », disait alors Pierre Mendès-France. Pour le moment, l’armée n'est plus un instrument de conquête du pouvoir... en France.
En Afrique, c’est différent. Là bas, l’armée française s’est fait une spécialité d’intervenir dans les affaires intérieures de certains pays pour leur imposer les dirigeants choisis par le pouvoir politique à Paris.
L’exemple le plus tragique du caractère putschiste de l’armée française a été l’intervention au Rwanda qui s’est terminée par le génocide de 1994 faisant plus de 800.000 victimes. Présent sur place au moment des faits, Patrick de Saint-Exupéry, grand reporter au Figaro, écrit : « Des soldats de notre pays ont formé, sur ordre, les tueurs du troisième génocide du XXe siècle. Nous leur avons donné des armes, une doctrine, un blanc-seing. J'ai découvert cette histoire malgré moi, dans les collines rwandaises ».
En février 2010, en visite au Rwanda, Nicolas Sarkozy a admis que la politique de la France dans ce pays, entre 1990 et 1994, avait souffert de « graves erreurs d’appréciations » et d'une certaine « forme d’aveuglement ». Cela ne l’a pas empêché de rééditer un coup semblable en Côte d’Ivoire où un contentieux électoral avéré a été instrumentalisé et transformé en une opération militaire de la France au profit d’un des candidats à la présidence, celui qu'elle avait choisi depuis longtemps.
Avec la Libye, l’intervention de l’armée française pour renverser Kadhafi a atteint des sommets. Les hélicoptères de combat de l’armée de terre ont « traité » 85% des objectifs détruits sur le territoire libyen. La marine a effectué 86% des tirs vers la Libye, soit 3.000 obus de 100 et 76 mm. Vingt-cinq bâtiments ont été engagés pour un total de 1.000 jours de mer. Quant à l’aviation (Air et Marine), elle a effectué 35 % des « sorties offensives » ce qui représente 20.000 heures de vol en 4.500 sorties, soit prés de 30 sorties chaque jour pendant cinq mois. Environ un millier d'objectifs ont été attaqués. Avec un tel bilan, auquel il faudrait ajouter les parachutages d’armes et les interventions au sol de forces spéciales, qui peut encore parler de « révolution populaire » en Libye ?
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Jean-Pierre Dubois
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26 août 2011
Libye : La "révolution" aéroportée
En 1815, lors de la restauration monarchique en France, les républicains ne manquaient pas de railler les nobles revenus au pouvoir dans « les fourgons de l’étranger », ceux de la coalition des monarchies européennes. Aujourd’hui, les progrès technologiques aidant, ce sont les avions, les porte-avions et les missiles qui intronisent les dirigeants que les Etats impérialistes ont choisi d’imposer aux pays dont ils convoitent les ressources naturelles ou la position géostratégique.
Ainsi, en Libye, en février dernier, les pays occidentaux, avides - depuis longtemps sans doute - de prendre le contrôle d’un territoire riche en pétrole, ont décidé de faire la promotion des manifestations contestataires intervenues dans l’Est du pays, à Benghazi et sa région.
Presse, radios et télévisions ont joué leur rôle habituel en pareilles circonstances : convaincre les populations des pays agresseurs du bien-fondé d'une intervention militaire.
Rien n’a manqué que nous n'ayons déjà subi pour l'Irak ou pour la Serbie : images repoussantes de Mouammar Kadhafi, chiffres (incontrôlables) de victimes imputables au même, prestations de journalistes présents sur le terrain pour confirmer la ligne éditoriale décidée à Paris, « experts » sur les plateaux TV expliquant doctement la même chose mais avec des cartes, etc.
L’ONU, qui, en 2003, avait retiré son personnel de Bagdad pour permettre l’invasion anglo-américaine de l’Irak, pouvait reprendre du service et voter une résolution ouvrant la voie aux bombardements. On avait annoncé un soulèvement populaire contre un dictateur reclus dans son bunker. Nul doute que l’affaire se serait soldée en peu de temps... si cela n’avait été du « bourrage de crânes ».
Il aura fallu six mois de combats, 19.751 sorties et 7.459 frappes des avions de l’OTAN pour que les « rebelles » parviennent finalement dans Tripoli. « Sous ce déluge de feu précis et dévastateur, les unités de Kadhafi n’ont pu que peu à peu céder, se repliant dans les villes où elles tentaient de s’enterrer jusqu’à ce qu’une offensive plus ou moins coordonnée des rebelles les en déloge », écrit Slate Afrique.
Parler du rôle ambigu de l’OTAN est un « euphémisme », poursuit Slate. Il y a cinq mois, les « rebelles » qui ne disposaient d’aucun moyen aérien se sont retrouvés, avec l’intervention de l’OTAN, épaulés par une force ultramoderne. « Dotés de capacités de destruction bien supérieures à celles des rares appareils de Kadhafi qui pouvaient encore prendre l’air, les avions français, britanniques, américains et autres se sont rapidement assuré la maîtrise du ciel libyen. Dès lors, le lent grignotage des forces terrestres et navales du colonel a débuté ».
La résolution de l'ONU empêchait toute intervention au sol mais la France et la Grande-Bretagne sont passées outre en envoyant des « conseillers militaires » : les insurgés « bénéficient de l’entraînement et d’une assistance considérable de contractants occidentaux [...] qui planifient et accompagnent désormais leurs missions » (The Independant) ; depuis plusieurs semaines, des agents français et britanniques, opérant en civil, se sont installés dans l'enceinte d’une raffinerie qui sert de PC au « rebelles ». Ils disposent de moyens de communication, de cartes d'état-major et de photos satellites. (AFP, 25 août) ; c'est la présence de forces spéciales occidentales sur le sol libyen qui « ont permis l'avancée spectaculaire des rebelles ». (Sarah Diffalah, Nouvel Observateur)
Ainsi, ce qui n'était au départ qu'une contestation populaire, circonscrite principalement à une région et à une partie seulement des Libyens, a pu être instrumentalisée et servir de couverture à une intervention militaire caractérisée des Etats impérialistes contre un gouvernement pas moins légitime que beaucoup d’autres dans le monde. La France a joué un rôle moteur dans cette macabre mystification. Plus grave, aucune force politique de notre pays n’a jugé bon d'appeler à protester contre pareille ignominie.
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Jean-Pierre Dubois
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22 août 2011
La guerre médiatique contre la Syrie
Les évènements de Syrie donnent lieu à une gigantesque campagne de désinformation de la part de tous les médias. Mais, cette guerre médiatique a aussi ses « bavures ».
Pendant des mois, la presse a décrit la situation en Syrie en considérant comme une source fiable le blog d’une syrienne résidant à Damas devenue symbole de la « révolte ». Sur son blog, Amina (c'était son nom) témoignait de sa participation aux protestations de rue et rapportait comment elle avait dû se cacher après une tentative d'arrestation à son domicile. Ces informations ont été relayées abondamment par les médias occidentaux. Le journal britannique The Guardian a même dressé un portrait détaillé de l'héroïne. Quand un de ses cousins a annoncé la disparition d'Amina, les journaux se sont indignés, accusant les autorités syriennes d'être responsables de ce forfait. Des protestataires ont immédiatement créé une page sur Facebook intitulée : « Free Syrian Blogger Amina Abdallah ». En réalité, toute cette histoire s'est révélée une énorme mystification dont l'auteur était un étudiant américain, Tom MacMaster, installé en Écosse. Amina n'existait pas.
Depuis le début du conflit, presse et télévision rendent compte du nombre des victimes en se référant uniquement à un prétendu Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Pourtant, cet « observatoire » a tout pour être intrigant... Bien que se proclamant le porte-parole de la « révolution » en Syrie, l'OSDH se trouve situé à presque 7.500 kilomètres de Damas... à Londres, très précisément. Son site Internet comme sa page Facebook et son compte Youtube sont rédigés en arabe. Selon le journal algérien Liberté qui s'est penché sur ces publications, aucune d'entre elles ne relève « d’un quelconque travail spécifique ». Elles ne sont constituées que d'extraits d’émission télévisées, d'articles et de dépêches d’agences. Son unique responsable - un certain Rami Abdel Rahman - se prétend à la tête d'un réseau de 200 personnes éparpillées dans plusieurs régions syriennes. Or, ce réseau n'a produit aucune vidéo originale sur les évènements.
Le 20 août dernier, un article du Figaro faisait état d'une controverse autour de l'OSDH. Rami Abdul Rahmane est « accusé d'œuvrer pour les Frères musulmans » tandis que « ses bilans chiffrés sont parfois remis en cause ».
Le journaliste concluait : « Peut-on faire confiance aux informations qui proviennent de Syrie ? ». La question aurait pu être : Peut-on faire confiance aux médias français qui reprennent sans réserves les informations fournies par des officines douteuses ?
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Jean-Pierre Dubois
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13 août 2011
France : Appui militaire à Israël
En 2014, l’armée de l’Air française devrait être équipée de sept nouveaux drones MALE (Moyenne-Altitude-Longue-Endurance). Tout comme le modèle Harfang, actuellement en service en Afghanistan, ce drone - le Heron-TP - est de conception israélienne. Il est fabriqué par Malat une société du groupe Israël Aerospace Industries (IAI) et équipe déjà l’armée de l’air de ce pays. Les drones israéliens seront adaptés aux besoins de l’armée française et coproduits par Dassault-Aviation et Thalès pour un coût de 500 millions d’euros.
En achetant la technologie de ses drones à Israël, la France permet à cet Etat de financer ses fabrications d’armes et ses activités de recherche-développement militaire. C’est un appui militaire caractérisé.
Jusqu'en 1967, la France a été de très loin le plus important fournisseur d'armes conventionnelles à Israël (blindés et avions de combat). Comme le proclamera Lionel Jospin en février 2000 : « Les forces de défense d'Israël n'auraient pu devenir ce qu'elles sont sans l'aide considérable que la France leur offrit deux décennies durant ». Il faut ajouter à ces fournitures d’armes conventionnelles l’accord de coopération de 1957 prévoyant la construction d'une centrale nucléaire à Dimona (désert du Neguev) et livrant à Israël la technologie, l'uranium enrichi et les techniciens lui permettant de fabriquer la bombe A. [1] De Gaulle met fin à cette collaboration militaire après qu'Israël ait lancé une attaque « préventive » contre l’Egypte en 1967. [2]
A son arrivée au pouvoir, en 1981, Mitterrand opère un changement de politique en faveur d’Israël. Nombre de mesures sont prises pour développer la collaboration économique, militaire et scientifique entre les deux Etats. En mars 1994 est signé l’accord franco-israélien de recherche et développement. En 1995, la France achète quatre premiers drones israéliens Hunter et collabore au programme du drone Eagle One qui renforce la collaboration entre IAI et EADS. Enfin en avril 2000, c'est au tour du gouvernement Jospin de la gauche plurielle de signer avec Israël un nouvel accord sur la coopération technologique et industrielle en matière de défense.
Avec l'arrivée de Sarkozy à la présidence, les choses s'accélèrent. En février 2010, pour la première fois, les armées française et israélienne conviennent d’effectuer des exercices conjoints en Israël et en France. Les Israéliens saluent ce « rehaussement significatif de la coopération militaire entre Israël et la France ». Ils y voient la possibilité de faire partager leur savoir-faire dans la lutte contre le terrorisme, autrement dit de valoriser leur expérience de répression dans les territoires palestiniens et au Liban. « Les relations entre l’armée israélienne et l’armée française sont le reflet de la relation politique qui existe entre les deux pays. Il s’agit de deux pays profondément alliés. Cette coopération se traduit par des échanges, des visites de délégations militaires et par le partage de nos expériences militaires respectives », déclare l'attaché militaire français en Israël, le 14 juillet 2011.
Ainsi, malgré les preuves abondantes et irréfutables de l’emploi illégal de la force par l’Etat d’Israël, la France amplifie sa coopération avec l’armée et l’industrie militaire de ce pays. Ce faisant, elle se rend complice de sa politique de nettoyage ethnique, de ses violations persistantes de la légalité internationale et de ses crimes de guerre et contre l’humanité. [3]
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[1] C'est le socialiste Guy Mollet, alors chef du gouvernement, qui a voulu cet accord.
[2] La chasse israélienne avait attaqué par surprise les aérodromes égyptiens. De Gaulle a alors qualifié Israël d’Etat « guerrier et résolu à s’agrandir ».
[3] Le 11 mars 2010, la sénatrice Monique Cerisier-ben Guiga interpellait le ministre de la Défense pou lui rappeler que l’armée israélienne « reste soupçonnée de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité lors de l’opération « plomb durci » et qu’aucune enquête israélienne n’est venue démentir les faits établis par le rapport Goldstone pour l’ONU ». Elle lui demandait ne pas mettre en œuvre le projet de coopération entre les deux armées.
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05 août 2011
Hiroshima et Nagasaki : Injustifiable

Le 6 août 1945, les Etats-Unis lancent sur la ville d'Hiroshima une bombe à fission d’uranium d'une puissance explosive de 15 kT de TNT. Aucune trace de vie ne subsiste à moins de 500 mètres du lieu de l'explosion. De 70.000 à 80.000 personnes sont instantanément tuées et 200.000 autres mourront par la suite des effets de l'irradiation ou de leurs brûlures.
Trois jours après, c'est au tour de la ville de Nagasaki d'être la cible d'une seconde bombe, cette fois à fission de plutonium, d’une puissance de 22 kT de TNT. Instantanément, 40.000 personnes sont tuées, et au moins autant mourront les années suivantes.
Les autorités américaines ont toujours prétendu qu'elles avaient eu recours à ces bombardements terroristes afin d'obtenir la capitulation rapide du Japon tout en évitant de lourdes pertes parmi leurs troupes. Mais, pour l'historien Eric Hobsbawn « Les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 n'étaient pas indispensables à la victoire, alors acquise ». [1]
Quant à Patrick Blackett - physicien britannique, prix Nobel de physique 1948 -, il observait que ce massacre massif inédit « ne fut pas tant la dernière opération de la Seconde guerre mondiale que la première opération de la guerre froide, diplomatique, contre la Russie ».
Ce que confirme le philosophe italien Domenico Losurdo pour qui « l'arme atomique visait en réalité l'Union soviétique, le seul pays désormais capable de contester le programme explicitement énoncé par le président Truman lors d'une réunion du cabinet du 7 septembre 1945 : faire des Etats-Unis le gendarme et le shérif du monde ». [2]
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[1] Eric Hobsbawn, L'âge des extrêmes : le court vingtième siècle 1914-1991, Ed. Complexe, 2003.
[2] Domenico Losurdo, Fuir l'histoire ?, Ed. Delga, 2007.
Jean-Pierre Dubois
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