29 juin 2011

La propagande de guerre

C’est devenu une règle pour les médias occidentaux de préparer l'opinion publique à accepter une nouvelle aventure militaire en faisant de l'ennemi du moment un émule de Hitler. « De Saddam Hussein à Mahmoud Ahmadinejad, un nouveau Hitler remplace l’autre », observe Alain Gresh. [1]

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Ce grossier thème de propagande a été utilisé pour la première fois en 1956 à l'encontre de Gamal Abdel Nasser. C'est le chef du gouvernement français de l'époque, Guy Mollet, qui en est l'auteur au moment où, avec ses complices britanniques et israéliens, il se préparait à lancer une expédition militaire contre l'Egypte coupable d'avoir nationalisé le canal de Suez.

Depuis, tour à tour, Slobodan Milosevic, Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi et quelques autres ont « bénéficié » du même traitement.

« La technique de diabolisation du leader ennemi est efficace et continuera sans doute longtemps à être appliquée. Il faut au lecteur et au citoyen des bons et des mauvais, clairement identifiés, et le plus simpliste actuellement est de traiter l’affreux de service de nouveau Hitler ». [2]

Une revue italienne de géopolitique a caractérisé ce procédé d’« utilisation stratégique du faux » qui consiste à discréditer l’adversaire le temps d’atteindre les objectifs militaires visés. La révélation que Saddam Hussein serait possesseur d'armes de destruction massive relevait de la même technique d'intoxication. Aujourd'hui, tout le monde sait qu'il s'agissait d'un mensonge, mais qu'importe puisque le « travail » est fait !

1007192726.PNGEn 1937, Victor Serge s'indignait que la presse soit devenue « l’empoisonneuse des cerveaux ». A un point tel - ajoutait-il - que l'on peut se demander « si l’invention de l’imprimerie n’est pas en train de se retourner contre l’homme ».

Que dirait-il de la télévision, de sa servilité et de ses mensonges ?

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[1] Alain Gresh, Le Monde diplomatique, juillet 2011.

[2] Anne Morelli, Principes élémentaires de propagande de guerre, Ed. Aden, 2010.

Jean-Pierre Dubois

20 juin 2011

L’opération Barbarossa

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Le 22 juin 1941, à 3 heures du matin, 3,3 millions de soldats allemands, italiens, hongrois, slovaques, roumains et finlandais envahissent le territoire de l'Union soviétique. Nom de code de l'opération : BARBAROSSA.

« En l’espace de quelques jours, de quelques semaines, la mort et la destruction ravagèrent de vastes contrées russes ». [1] Le 8 juillet, les nazis annonçaient déjà que la guerre était « pratiquement gagnée ».

« A la consternation qui s’empara du pays se mêlaient une sorte de défi latent, et aussi la crainte que la lutte ne fût longue, âpre, désespérée. Tous sentaient que des millions de vies seraient perdues, et pourtant une poignée seulement de Russes semblent avoir envisagé la possibilité d’une défaite militaire écrasante et d’une conquête totale de la Russie. » [2]

opération barbarossa,union soviétique,stalineLe 3 juillet, dans un discours radiodiffusé, Staline s'adresse au peuple soviétique : Cette guerre nous a été imposée et notre pays doit livrer une lutte à mort contre son ennemi le plus néfaste, le plus perfide : le fascisme allemand... L'Histoire montre qu'il n'a jamais existé d'armées invincibles et qu'il faut en dire autant de l'actuelle armée allemande fasciste de Hitler... Toute la production doit être mise au service du front et de l'organisation de la déroute de l'ennemi... En cas de retraite, l'ennemi ne doit pas trouver une seule machine, pas un seul wagon, pas une livre de pain ni un verre de pétrole... Dans les territoires occupés, des unités de partisans doivent être formées... Ces groupes de diversion combattront les unités ennemies, porteront la guérilla, feront sauter et détruiront les routes, les ponts, les téléphones, les fils téléphoniques et télégraphiques... Ils mettront le feu aux forêts, aux magasins ennemis et aux convois sur les routes... Et Staline conclut : « Toute la puissance de notre peuple doit être mise en œuvre pour écraser l’ennemi. En avant, pour la victoire ! »

« Staline, on l’aimait diversement : sans restriction ou avec réserves, avec admiration et une certaine crainte ; certains même ne l’aimaient pas. Mais personne ne doutait de son courage et de sa volonté de fer. Et ces qualités justement semblaient en ce moment les plus indispensables à l’homme placé à la tête du pays en guerre ». [3] « L'effet de ce discours, qui s'adressait à un peuple nerveux, souvent effrayé et désorienté, fut bouleversant ». [4] A la mi-juillet 1941, la blitzkrieg [guerre-éclair] allemande est stoppée à la bataille de Smolensk. C'est le début d'une nouvelle phase de la campagne.

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[1] [2] [4] Alexander Werth, La Russie en guerre, La patrie en danger 1941-1942, Ed. Tallandier, 2010. Alexander Werth (1901-1969) est un journaliste et correspondant de guerre britannique d'origine russe. Correspondant de la BBC, il est envoyé en URSS le 3 juillet 1940 et est l'un des seuls journalistes occidentaux présents sur place au moment de l’invasion allemande.

[3] Constantin Simonov, Les vivants et les morts, Paris, 1961. Cité par Alexander Werth.

Jean-Pierre Dubois

17 juin 2011

La « race supérieure »

Au tournant des XIXème et XXème siècles, beaucoup d'Européens se considéraient comme une « race supérieure » à laquelle incombait le devoir de diriger le monde et de dominer les « races inférieures ».

Jules Ferry.JPGEn 1885, Jules Ferry qui déclare devant la Chambre des députés : « Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ».

Dix ans plus tard, Joseph Chamberlain, alors ministre des Colonies de Grande-Bretagne, lui fait écho : « Oui, je crois en cette race, la plus grande des races gouvernantes que le monde ait jamais connues, en cette race anglo-saxonne, fière, tenace, confiante en soi, résolue que nul climat, nul changement ne peuvent abâtardir et qui infailliblement sera la force prédominante de la future histoire et de la civilisation universelle ».

Adolf Hitler.jpgC’est ce type de discours que l’on retrouvera à l’identique, quelques décennies plus tard, dans le Mein Kampf d’Adolf Hitler : « La conception du monde raciste [...] ne croit pas du tout à l'égalité des races, mais reconnaît dans leur diversité des valeurs supérieures ou inférieures, et se sent obligée par cette prise de conscience à se conformer à la volonté éternelle qui domine cet univers, c'est-à-dire à favoriser la victoire du meilleur, du plus fort, à désirer la subordination du plus mauvais, du plus faible ».

Les nazis ont aussi emprunté leurs armes théoriques à des universitaires comme Ludwig Gumplowicz, un des fondateurs de la sociologie, auteur d’un ouvrage publié en 1883, La lutte des races. Pour Gumplowicz, l’histoire de l’humanité était fondée, non pas sur la lutte des classes, comme chez les marxistes, mais sur la lutte des races, sur « la domination et l’exploitation de l’élément ethnique faible par l’élément ethnique puissant ».

Cette vision raciale du monde a été la justification du colonialisme, une des plus grandes tragédies humaines de ces deux derniers siècles. En Afrique et en Asie, les victimes des guerres, des maladies, des famines engendrées par les Européens se comptent par dizaines de millions, et les crimes de leurs armées préfigurent ceux que les nazis commettront plus tard à l'encontre des peuples européens.

Pour Hannah Arendt, le colonialisme a été la matrice du nazisme. C'est également la thèse de Domenico Losurdo qui voit dans le nazisme l’héritier de toute la tradition coloniale occidentale, qu’il a radicalisé. [1]

Quant à Enzo Traverso, il écrit : « Il y a une continuité historique qui fait de l'Europe libérale un laboratoire des violences du XXème siècle et d'Auschwitz un produit authentique de la colonisation occidentale. » [2]

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Les quatre races d'hommes - La race blanche, la plus parfaite des races humaines, habite surtout l'Europe..." [3]

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[1] Domenico Losurdo, Le péché originel du XXème siècle, Ed. Aden, 1998.

[2] Enzo Traverso, La violence nazie, une généalogie européenne, 2002.

[3] Le tour de France par deux enfants,  Editions Belin. Manuel de lecture publié en 1877 dont le tirage atteindra 7,4 millions d'exemplaires. Il est utilisé dans les écoles jusque dans les années 1950.

Jean-Pierre Dubois

14 juin 2011

Jaurès, Guesde et la lutte de classe

En octobre 1900, à Lille, devant un parterre de militants, Jean Jaurès et Jules Guesde, dirigeants socialistes reconnus de l’époque, s’opposent dans une controverse restée célèbre. Pour Jaurès, le débat porte sur un « dissentiment de tactique et de méthode » qui aurait pris naissance avec « l’entrée d’un socialiste dans un ministère bourgeois ». [1] Jaurès approuvant cette décision, Guesde et ses amis lui reprochent d’avoir « abandonné le terrain de la lutte de classe ».

jean jaurès,jules guesdeDans son discours, Jaurès tient à réaffirmer son attachement au « principe » de la lutte de classe qu’il voit formé de trois éléments. D’abord, la constatation de fait que le système capitaliste divise les hommes en deux catégories « nécessairement et violemment » opposées : d’un côté, ceux qui possèdent les moyens de production, de l’autre ceux qui ne possèdent que leur force de travail et sont « à la discrétion » des premiers. Mais, pour qu’il y ait lutte de classe, il faut que les travailleurs conçoivent la possibilité « d’une société nouvelle et plus juste » dans laquelle la propriété deviendra sociale ; il faut que « le prolétariat organisé entre en bataille contre le capitalisme ». Enfin, troisième élément : le prolétariat ne peut attendre sa libération de personne d’autre que de lui-même.

« La lutte de classe a commencé le jour où, à l’expérience des journées de juin [2], il a appris que c’était seulement dans sa force à lui, dans son organisation, qu’il portait l’espérance du salut ». Mais, pour Jaurès, le principe de la lutte de classe est trop général pour qu’il soit possible « d’en déduire la tactique de chaque jour ». C'est pourquoi, la décision de participer à un gouvernement bourgeois est une tactique qu’il approuve dès lors qu’elle est destinée à appuyer une fraction de la bourgeoisie contre une autre qu’il qualifie de « forces du passé ».

jean jaurès,jules guesdeSi Guesde souscrit à la définition de la lutte de classe fournie par Jaurès, c’est pour lui reprocher aussitôt de l’avoir laissée de côté « pour déterminer notre conduite, notre tactique de chaque jour », d’avoir assimilé « la lutte de classe au paradis des chrétiens que l’on met si loin, si en dehors de tout, qu’il n’influe pas sur la vie quotidienne ». Pour Guesde, la lutte de classe, si elle ne devait pas déterminer la « conduite de tous les jours, la politique de la classe ouvrière » serait « un mensonge et une duperie ».

L’entrée du socialiste Millerand dans le gouvernement - appuyée par Jaurès - est un abandon du terrain de classe. Certains l’ont présenté comme une victoire alors que ce ministre « n’était qu’un otage » que le chef du gouvernement avait pris dans ses rangs pour « s’en faire une couverture de façon à désarmer l’opposition socialiste ». « C’est parce que le socialisme est devenu une force et un danger pour la bourgeoisie » que celle-ci a eu recours à ce stratagème. « Mais ce n’est pas la conquête des pouvoirs publics par le socialisme, c’est la conquête d’un socialiste et de ses suivants par les pouvoirs publics de la bourgeoisie ». La classe ouvrière « a sa République à faire, comme elle a sa Révolution à faire ». Elle n’a pas « à monter la garde autour de la République de ses maîtres ».

Pour Guesde, la politique préconisée par Jaurès consiste à organiser le prolétariat « sur son propre terrain » et « à l’apporter ensuite, comme une armée toute faite, à un quelconque des états-majors bourgeois ». « Il ne peut rien y avoir de changé dans la société actuelle tant que la propriété capitaliste n’aura pas été supprimée et n’aura pas fait place à la propriété sociale ». La tâche exclusive est d’emporter l’Etat « de haute lutte » car « nous sommes et ne pouvons être qu’un parti de révolution ».

Le jour où le Parti socialiste « comprendrait et pratiquerait la lutte de classe sous la forme du partage du pouvoir politique avec la classe capitaliste, ce jour là il n’y aurait plus de socialisme ».

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[1] Le 22 juin 1899, le socialiste Alexandre Millerand (1859-1943) entre dans le gouvernement bourgeois présidé par Waldeck Rousseau. Cet évènement suscite un débat dans le mouvement socialiste français et européen autour de ce qu'on appelle alors le « ministérialisme ».

[2] En février 1848, les ouvriers parisiens sont aux côtés de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie dans les combats de rues qui aboutiront au renversement de la monarchie de Louis-Philippe et à la proclamation de la République. Mais le nouveau gouvernement bourgeois ne tient pas les promesses qu'il avait faites aux ouvriers et décide même la fermeture des « ateliers nationaux » destinés à résorber le chômage. Le 23 juin la révolte populaire éclate. Des barricades sont édifiées dans Paris. Après trois jours de combat, les troupes commandées par le général Cavaignac parviennent à mater le soulèvement faisant 4.000 morts parmi les insurgés.

Jean-Pierre Dubois

09 juin 2011

Le Front national nostalgique du colonialisme

On sait que Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, a été un fervent partisan du maintien de l’empire colonial français. Au point de prolonger son action militante dans les mouvements d’extrême-droite par un engagement dans les troupes envoyées en répression en Indochine puis en Algérie. On sait aussi qu’il a justifié publiquement l’usage de la torture contre les résistants algériens, se glorifiant puis démentant l’avoir lui-même exercée.

Sous la conduite de Marine Le Pen, le FN reste fidèle à ce passé comme le montrent ses prises de position sur les affaires de la Nouvelle-Calédonie (Kanaky).

Drapeau kanak.JPGDes indépendantistes kanak ont légitimement exigés la présence de leur drapeau national aux côtés du drapeau français sur le territoire de Nouvelle-Calédonie. Il n'en fallait pas plus pour que la dirigeante du FN s’insurge : « Le drapeau calédonien doit être celui de la France ! » A l’instar des colonialistes d’hier qui dénonçaient les « bradeurs » de l’empire, elle accuse le gouvernement « de vouloir se défaire d’une partie de la France ». Elle tient aussi à apporter son soutien « à toutes celles et ceux qui défendent nos couleurs en montrant leur indéfectible attachement à la France et à ses valeurs ». Pour elle, il ne s’agit pas moins que « d’ancrer définitivement la Nouvelle-Calédonie dans la République française ».

La lutte du peuple kanak pour son indépendance a abouti, en 1998, à l'accord de Nouméa qui prévoit un scrutin entre 2014 et 2019 pour déterminer si la Nouvelle-Calédonie sera maintenue au sein de la République française. Au mépris de cet accord, le FN prétend que « la Nouvelle-Calédonie est en France et doit le rester » et « condamne avec fermeté un processus d’indépendance qui n’ose dire son nom ». Une position - dans le plus pur style colonial - qui risque d’engendrer de nouvelles violences sur cette île du Pacifique qui en a déjà que trop connues - du fait de la France.

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Jean-Pierre Dubois