23.11.2009

Les Etats-Unis et l'Union européenne affament les pays pauvres

Selon la FAO, en 2009, on compterait un milliard de personnes en état de sous-alimentation et deux milliards en état de malnutrition ; neuf millions en mourraient chaque année. Cette crise alimentaire s'est aggravée : une centaines de millions de victimes supplémentaires ont été recensées en un an.

Prix produits alimentaires.JPG

Les causes de la crise alimentaire actuelle résident d'abord dans l'explosion des prix agricoles internationaux 2007-2008 qui s'est - elle-même - superposée au niveau historiquement bas des stocks.

Biocarburants.JPGC'est la croissance rapide de la demande en agrocarburants aux Etats-Unis et en Europe qui a été l'élément déclencheur : les produits de base utilisés pour la production de l'éthanol et du biodiesel (maïs et huiles végétales telles la palme, le soja, le colza) ont vu leurs prix fortement augmentés ; les fonds spéculatifs ont précipité et amplifié cette tendance.

Si l'explosion des prix agricoles a abouti à une grave crise alimentaire, c'est que les victimes vivaient déjà dans une extrême pauvreté : 80% des personnes touchées sont des petits cultivateurs, des éleveurs et des paysans sans terre ; les 20% restants sont eux-mêmes en partie des ruraux ayant migré vers les villes.

Or, la pauvreté de ces paysans des pays pauvres n'est pas une fatalité. Elles est le résultat des mesures préconisées par l'Organisation mondiale du commerce et des politiques d'ajustement structurel imposées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

Cette pauvreté est aussi le bilan des accords de libre-échange et des politiques exportatrices des États-Unis et de l'Union européenne : l'ouverture des frontières et le démantellement des mécanismes de stockage vont à l'encontre des intérêts fondamentaux des paysans des pays pauvres ; elle aligne les prix intérieurs sur les prix internationaux ce qui revient à mettre brutalement en concurrence des agricultures aux écarts de compétitivité colossaux.

Ainsi, les paysans des pays pauvres voient leurs revenus devenir incertains et instables et leurs modes de vie détruits : d'où un chômage rural massif.

Autre conséquence : le déclin de la production agricole interne conduit les pays pauvres a dépendre des importations et des cours internationaux ; c'est la raison pour laquelle la récente flambée des prix a pu se révéler si catastrophique comme l'ont montré les émeutes de la faim survenues dans plusieurs pays du Sud.

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Mettre un terme à la faim impliquerait de garantir la souveraineté alimentaire de tous les pays avec des prix stables et rénumérateurs pour toutes les paysanneries du monde ; ce qui suppose la remise en cause du  modèle agricole et alimentaire imposé à la planète par les pays capitalistes occidentaux ; le dogme de l'autorégulation des marchés s'est, en effet, révélé mortel pour les pauvres.

Or, les règles qui prévalent actuellement sont celles qui ont été négociées entre les États-Unis et l'Union européenne puis étendues à tous les membres de l'OMC : on les appelle les règles de l'AsA ; elles tendent en particulier à favoriser le dumping quand les prix des produits agricoles résultent de subventions internes, comme c'est le cas aux États-Unis et dans l'Union européenne.

En ce qui concerne les négociations du cycle de Doha, qui devaient contribuer à diminuer ces subventions en contre-partie d'une ouverture des pays pauvres aux importations, elles s'avèrent une tromperie ; loin de réduire ces subventions les Etats-Unis et l'Union européeene ont triché au point que l'Union européenne a dépensé réellement 72,9 milliards d'euros en subventions, pour 2005-2006, alors qu'elle avait annoncé se limiter à 43,1 milliards d'euros.

L'OMC est complice de ces manoeuvres indignes et criminelles qui propagent la mort parmi les populations des pays pauvres.

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Les enfants squelettiques exposés - avec une compassion convenue - dans les journaux télévisés du "20 heures" ne sont pas les victimes d'une calamité naturelle : leur situation est le résultat de décisions prises dans les cénacles gouvernementaux et affairistes de Washington et de Bruxelles.

JPD

Source : Et soudain resurgit la faim..., Stéphane Parmentier, Le Monde diplomatique, novembre 2009,